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L'énergie nucléaire

Il faut sortir du nucléaire


La crise climatique nous oblige à utiliser des énergies qui n'émettent pas ou très peu de CO2. La sécurité de la population nous incite à utiliser une énergie sûre. Et les contraintes budgétaires à utiliser l'énergie la plus économique possible. Malheureusement, bien que le nucléaire émette très peu de CO2, il pose des problèmes que nous pourrions éviter, notamment grâce aux énergies renouvelables (solaire, éolien, hydraulique, etc.), à la sobriété et à l'efficacité énergétique.

Les dangers du nucléaire

Toutes les formes d'énergie peuvent produire des accidents. Mais toutes ne provoquent pas des accidents de la même ampleur.

Le nucléaire se démarque du fait qu'il peut contaminer une zone sur une très longue période et se propager sur une très grande surface. Même les accidents de barrages les plus catastrophiques comme Banqiao ou Morvi n'ont pas contaminé le sol pour des décennies et ne se sont pas propagé sur des centaines de kilomètres. Même après le plus grand accident industriel de France depuis 1945, l'explosion de l'usine AZF de Toulouse, le site a pu être réoccupé.

Du fait de la durée de vie de la radioactivité, les accidents nucléaires peuvent laisser des zones contaminées pendant des décennies, et via le panache radioactif, se propager sur des centaines de kilomètres. La zone autour de Tchernobyl, est toujours contaminée depuis 1986, tout comme Fukushima depuis 2011. 150 000 km2 sont contaminés et 30 km2 inhabités autour de Tchernobyl selon l'Agence internationale de l'énergie atomique.

Le coût d'un accident nucléaire majeur serait aussi économique avec des proportions potentiellement très graves. En 2013, l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire a mené une évaluation du coût d'un accident majeur en France. L'institut parvient à un coût de 450 milliards, soit pas loin de 20% du PIB, dans une fourchette entre 200 et 1000 milliards.

Alors certes, des normes de sécurité strictes entourent nos centrales nucléaires, et elles s'améliorent sans doute avec le temps. Mais on ne pourra jamais un exclure un accident majeur avec certitude. A Fukushima par exemple, le phénomène était inédit. Les ingénieurs n'avaient jamais connu un tel phénomène (un séisme de magnitude 9 suivi d'un tsunami), et le dernier évènement comparable remonte à 869.

Plus récemment, personne n'imaginait que les centrales nucléaires ukrainiennes puissent se retrouver au beau milieu d'une guerre européenne.

Des coûts mal maitrisés

Dans un rapport publié en 2021, RTE étudiait plusieurs scénarios à l'horizon 2050 et concluait que "Construire de nouveaux réacteurs nucléaires est pertinent du point de vue économique" et que "Les énergies renouvelables électriques sont devenues des solutions compétitives".

Son évaluation de la pertinence économique de la construction de nouveaux réacteurs nucléaires est cependant soumise à plusieurs incertitudes. Dans un rapport de 2020, la Cour des comptes n'est pas aussi optimiste et précise que "On ne peut pas établir avec un degré raisonnable de certitude que les économies de construction de futurs EPR2 par rapport au coût de construction d’EPR de type Flamanville se matérialiseront".

Aussi, un document de travail de la Direction générale de l’énergie et du climat table sur une mise en service des premiers réacteurs EPR2 "au plus tôt en 2040" contre 2035 pour RTE. D'ailleurs, la mise en service EPR de Flamanville était prévue pour 2012 avec des coûts estimés à 3 milliards d'euros. Mais au début de l'année 2022, il a encore été reporté au second trimestre 2023, avec un coût de construction (hors frais financiers) atteignant maintenant 12,7 milliards d'euros.

À plus long terme, la tendance est en faveur des énergies renouvelables. Selon l'Agence Internationale de l'Energie, les coûts de production des énergies renouvelables sont de plus en plus compétitif : "La principale conclusion de cette édition 2020 est que les coûts nivelés de la production d'électricité des technologies de production à faible émission de carbone sont en baisse et sont de plus en plus inférieurs aux coûts de la production conventionnelle à partir de combustibles fossiles. Les coûts des énergies renouvelables ont continué à diminuer ces dernières années." (traduit de l'anglais). Tandis que les coûts de production par de nouvelles centrales nucléaires restent stables : "The cost of electricity from new nuclear power plants remains stable".

Le coût du démantèlement est aussi incertain comme le souligne un autre rapport de la Cour des comptes. Dans ce rapport, la CdC précise que les démantèlements "connaissent d’importantes dérives de coûts prévisionnels". Faute de maîtriser les coûts de démantèlements de ces centrales, la filière nucléaire pourrait bien se révéler bien plus chère que prévu et devenir un gouffre financier.

Les déchets radioactifs

Orano met en avant le fait que 96% des déchets peuvent être recyclés et réutilisés. Notez bien le "peuvent être", puisqu'en pratique, seulement 1% est réutilisé, le reste est entreposé puisque son recyclage coûte plus cher que l'extraction de nouveau combustible. Selon ce document du Haut Comité pour la Transparence et l'Information sur La Sécurité Nucléaire (HCTISN), sur les 1080 tonnes de combustible à base d’Uranium Naturel Enrichi (en moyenne) transférées des piscines des réacteurs vers les piscines de l’usine de La Hague chaque année, seules 10,8 tonnes de plutonium sont collectées et réutilisées pour fabriquer du combustible MOX. Ainsi, selon le bilan 2019 de l'ANDRA, 12 100 tonnes de combustibles usés étaient en attente de retraitement en 2017.

Reste les 4% de déchets non recyclables. Ceux-ci sont entreposés profondément dans la roche, pour une très longue période qui concernera les générations futures et avec un procédé dont on a peu d'expérience.

Le problème de l'indépendance énergétique

La totalité du combustible de nos centrales nucléaires est importé de l'étranger. Pour près des trois quarts, du Kazakhstan, d'Australie, du Niger, Ouzbékistan selon cet article du Monde.

Si Orano défend la stabilité de l'approvisionnement, il ne sera jamais aussi sûr qu'un approvisionnement local. Avec le risque d'augmenter les coûts, comme c'est le cas actuellement avec le pétrole, ou les émissions de gaz à effet de serre durant extraction (allant croissant avec la diminution de la teneur en minerai des gisements) ou, pire, de provoquer des pénuries.

D'autres solutions

Les énergies renouvelables ne partagent pas les inconvénients du nucléaire présentés ci-dessus et pourraient remplacer le nucléaire dans notre production d'énergie. En 2021, l'établissement public "Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie" (ADEME) présente 4 scénarios sur les possibles trajectoires nationales en matière de décarbonation. Tous ces scénarios reposent à plus de 70% sur les énergies renouvelables.

Selon un rapport Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), le nucléaire a même un potentiel nettement moindre à l'énergie solaire et l'éolien pour diminuer les émissions de CO2.

Mais il y a encore d'autres solutions, cumulables avec les énergies renouvelables, pour sortir du nucléaire. L'association négaWatt, composée d'experts du domaine de l'énergie, propose un scénario alliant énergies renouvelables, sobriété énergétique et efficacité énergétique. La sobriété consiste à diminuer notre consommation d'énergie grâce à des changements de mode de vie. Tandis que l'efficacité consiste à réduire la consommation d'énergie grâce à une optimisation des consommations et des outils plus efficaces. Dans le scénario de négaWatt, nous pourrions atteindre la neutralité carbone en 2050 avec un mix énergétique à 96% renouvelable.