La crise post-électorale bolivienne est survenue en 2019 à la suite des élections générales boliviennes dont la légitimité fut contestée par l'opposition. Après trois semaines d'affrontement entre le gouvernement et l'opposition, Evo Morales démissionna et de nouvelles élections furent organisées en octobre 2020, remportées par Luis Arce, candidat du parti de Morales.


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L'élection d'Evo Morales était illégitime


L'élection d'Evo Morales a été entachée de nombreuses irrégularités dénoncées par les observateurs internationaux, et même d'une violation de la constitution.

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Violation de la constitution

La constitution bolivienne fut amendée en 2009 pour permettre au président de ne se représenter qu'une seule fois.

En avril 2013, la cour suprême a décidé que le premier mandat d'Evo Morales n'était pas concerné par cette limite puisque la constitution avait été amendée après sa première élection. Cette décision permit donc à Evo Morales de se présenter pour un 3ème mandat.

En 2016, Evo Morales proposa un référendum pour lui permettre de se présenter à un quatrième mandat en 2019. Ce référendum fut rejeté par 51,5 % des votants.

Toutefois, le 28 novembre 2017, le Tribunal constitutionnel invalide le résultat au motif que la campagne du non avait été diffamatoire (source). Imaginez si n'importe quel référendum pouvait être annulé par un tel motif dans une démocratie... Il autorise aussi Evo Morales à se présenter autant de fois qu'il le souhaite au motif que cela relève de son droit humain (source). Cette décision arbitraire et jamais vue ailleurs, empêche donc toute limite de candidatures en contradiction avec la constitution même du pays.

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Une interruption très suspicieuse et inacceptable de la transmission des résultats

Alors que les résultats étaient encore serrés, il y eut une pause inexpliquée de 24h dans le décompte des résultats, après laquelle Evo Morales était déclaré gagnant. Une telle interruption n'est pas tolérable pour la légitimité d'une élection. Il est évident que si une telle chose se produisait en France, elle conduirait à une illégitimité sans équivoque de l'élection.

Le jour suivant l'élection, le vice-président de l'autorité électorale démissionna même en manifestant son désaccord avec cette interruption (source).

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De nombreuses irrégularités dénoncées par les observateurs internationaux et des entités indépendantes

Walter Mebane, professeur en sciences politiques à l'université du Michigan et expert dans la détection de fraudes électorales, a estimé qu'entre 20 450 et 24 664 votes frauduleux avait été transférés vers le parti de Morales. Dans un premier temps il a estimé que ces votes frauduleux n'aurait pas permis de changer le résultat de l'élection, mais le 13 novembre, il conclut que cela aurait réduit l'avance de Morales à 9.9% et conduit à de nouvelles élections :

The original draft of this note (everything except this paragraph) was produced on November 5, 2019. On November 13 messages from a couple of people lead me to think the best formula for the counterfactual vote proportion with frauds reallocated, if all “stolen” votes are credited to CC, is (2889359 − 2240920 − 2(22519.8 − 5295.8) − 5295.8)/(6137778 − 5295.8) = 0.09925756(.09866303), which would put the election results below the level need to avoid a runoff election.

L'entreprise de sécurité informatique Ethical Hacking chargée par le tribunal suprême électoral de Bolivie d'auditer les élections, a elle aussi déclaré avoir trouvé de multiple irrégularités et violations de procédure (source).

Les Nations Unis et l'Union Européenne ont soutenu la réalisation d'un audit par l'Organisation des Etats d'Amériques (OEA) sur les allégations de fraude (source). L'OEA et l'UE proposant par ailleurs qu'une nouvelle élection soit organisée pour restaurer le calme et la confiance (source).

Le 10 Novembre, les observateurs de l'OEA publie leur rapport préliminaire, ciblant d'importantes irrégularités suggérant que de nouvelles élections soient organisées, supervisées par une nouvelle commission électorale.

Le même jour, Morales démissionne après avoir perdu le soutien de la police, de l'armée et de certains alliés politiques (source).

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Les rapports du CEPR sont biaisés, trompeurs et partiels

Le Centre for Economic Policy Research (CEPR) n'est qu'une organisation très orientée politiquement, et tous les rapports et études contredisant les irrégularités proviennent du CEPR.

Son co-directeur, Mark Weisbrot, est un défenseur du gouvernement du Venezuela, dénoncé internationalement pour son autoritarisme. En 2008, le New York Times le décrivait déjà comme un partisan d'Hugo Chavez. En 2014, il participait avec une autre directrice du CEPR (Deborah James) à une réunion à l'embassade du Venezuela aux Etats-Unis à la mémoire d'Hugo Chavez, et dans laquelle il saluait les succès de la révolution bolivarienne, en dénonçant l'opposition vénézuélienne. En 2019, il attribuait dans un rapport la responsabilité des morts entre 2017 et 2018 aux sanctions internationales, par une simple parallèle temporaire entre sanctions et morts survenus à la même période ("could not prove those excess deaths were the result of sanctions, but said the increase ran parallel to the imposition of the measures and an attendant fall in oil production").

Deborah James, également directrice du CEPR, fut directrice exécutive du Venezuela Information Office (source). Une agence de lobby du gouvernement du Venezuela chargée d'améliorer l'image du Venezuela aux Etats-Unis.

L'étude du MIT a en fait été réalisée totalement indépendamment du MIT. Le doyen associé du MIT pour les activités internationales a répondu que "cette étude avait été conduit indépendamment du MIT... elle devrait être référée comme une étude du CEPR... nous ne soutenons pas ou ne donnons pas d'opinion sur ses résultats" (source).

Aussi, l'un des auteurs de l'étude, Jack Williams, avait déjà fait part de son parti pris en signant une pétition en soutien à Evo Morales et appellant à enquêter sur l'OAE, en 2019 (source).

Finalement, l'étude est très partielle puisqu'elle ne se concentre que sur un seul point : l'analyse statistique des résultats du vote (source). Laissant de côté toutes les autres irrégularités dénoncées par les observateurs.

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L'avis de l'Organisation des Etats Américains est important

Remonter à ses origines, soit il y a plus de 70 ans, pour montrer un parti pris de l'OAE n'est pas pertinent. 70 ans, c'est plus que ce qu'il n'en faut à n'importe quelle organisation internationale, ou même nation, pour évoluer politiquement dans un sens ou dans l'autre.

L'Organisation des Etats Américains est la plus importante organisation internationale américaine. 35 états en sont membres, soit quasiment tous les pays du continent, y compris le Venezuela et la Bolivie, et à l'exception de Cuba, exclu. Pourquoi tous ces pays auraient-ils rejoins une organisation dirigée par les Etats-Unis ?

Aussi, le secrétaire générale de l'OAE, Luis Almagro, a soutenu le droit de Morales à candidater pour un 4ème mandat : "De prétendre qu’Evo Morales ne peut pas participer [aux élections] est discriminatoire considérant que d’autres présidents ont pu se présenter à d’autres élections en se basant sur des décisions de tribunaux" (source). Par ailleurs, avant de devenir secrétaire général de l'OAE, Luis Almagro était ministre des relations extérieurs de l'Uruguay sous dans le gouvernement de gauche de José Mujica. L'accuser de servir les intérêts américains contre la gauche en amérique du sud est absurde. L'OAE est par ailleurs active comme observatrice des élections depuis des décennies et a reconnu les élections de candidats de gauche, comme ce fut notamment le cas pour le successeur de Morales (source). Ce qui distingue les élections de 2019 des autres, ce n'est pas la victoire d'un candidat de gauche (Morales en était à sa 4ème candidature), mais les irrégularités dénoncées par l'OAE et par d'autres, comme l'UE.

Finalement, les critiques de l'OAE, comme le CEPR ou les alliés de Morales, sont eux mêmes sujets à un biais très important, comme démontré dans l'argument concernant le CEPR.

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Des soutiens autoritaires

Les pays reconnaissant l'élection d'Evo Morales ont pour la plupart pour point commun leur autoritarisme et leur militantisme allié à Morales. On y retrouve le Mexique, la Russie, le Nicaragua, le Venezuela, Cuba et la Palestine.